Sombre dimanche

Sombre dimanche

Alice Zeniter

Albin Michel

  • 22 juillet 2018

    Quand le grand-père du grand-père a acheté un terrain et construit sa maison aux abords de Budapest, il n'y avait que des champs et un vague projet d'agrandissement de la petite gare, un peu plus loin. Mais Nyugati, la gare de l'Ouest, n'a cessé de croître et a étendu ses tentacules de rails jusque dans le jardin des Mandy réduit à un triangle de terre, sans cesse recouvert des détritus jetés par les voyageurs. Mais les Mandy sont des résistants, ils n'ont rien voulu céder aux chemins de fer et vivent depuis des générations au bord des rails, dans le bruit assourdissant des trains de plus en plus nombreux. Imre, son grand-père, ses parents et sa grande sœur Agi se sont adaptés aux horaires des trains, aux ordures, à l'isolement. Unis malgré leurs secrets et leurs silences, ils font face aux aléas de la vie. Marqués par l'Histoire de la Hongrie, la famille vivote, plantée dans son bout de terre, même si les enfants rêvent de liberté, de Californie, de surfeuses ou simplement de quitter la maison au bord des rails.

    A travers les yeux d'Imre, Alice Zeniter raconte l'histoire d'une famille et celle de la Hongrie, petit pays trop souvent malmené...par les autrichiens, les allemands, les soviétiques. Chez les Mandy, on cultive les secrets, les non-dits, les malheurs, les deuils. En grandissant, Imre s'interroge. Pourquoi le grand-père se soûle-t-il chaque année le 2 mai ? Comment a-t-il été blessé à la jambe ? Comment est morte la grand-mère ? Pourquoi son père s'appelle-t-il Pal alors que tous les premiers-nés de la famille sont des Imre ? Les réponses viendront, et avec elles, de douloureux souvenirs. Le sort semble s'être acharné sur les Mandy comme sur la Hongrie. Les hommes en ont pâti, les femmes encore plus. Imre observe, apprend, rêve d'une autre vie. Pourtant, la chute du mur tant attendue sera une autre désillusion. Que faire de cette liberté toute neuve ? Peut-on changer le sombre destin qui semble leur coller à la peau ? Tant d'interrogations et tant de tristesse dans ce livre d'une grande tristesse traversée par des moments de poésie et d'optimisme.
    Personnages attachants, découverte de l'histoire hongroise et belle écriture, concise, précise, pour un roman court, sombre et mélancolique. Une belle découverte.


  • 16 décembre 2013

    Amour, famille, Hongrie

    Je découvre l'auteur avec ce roman, Prix du livre Inter en 2013.
    Et je découvre la Hongrie et la famille Mandy, qui habite depuis 3 générations dans la maison au bord des rails. Une famille qui tente de traverser tant bien que mal l'Histoire, depuis l'invasion allemande des années 30 jusqu'à l'effondrement du bloc de l'Est.
    Je me suis prise d'amitié pour le personnage d'Imre, jeune homme sans ambition qui, au contraire des trains qui passent devant son jardin, ne cherchent pas à partir.
    En revanche, les secrets de famille, révélés peu à peu, créent une atmosphère lourde et triste.
    Et puis les chansons, la musique, omniprésente mais triste, contribuent à la beauté du roman.

    Un roman qui se termine tout de même sur une belle note, après tant de malheurs.
    L'image que je retiendrai :
    Celle de ce fameux dimanche où tout bascule, autour d'une chanson.


  • 25 juillet 2013

    « Sombre dimanche » est un roman qui mélange habilement récit historique et drame familial. En nous faisant partager la petite histoire d’une famille hongroise, Alice Zeniter nous fait rentrer par la petite porte de la grande Histoire, depuis la guerre froide et le communisme jusqu’à la chute du mur de Berlin. Ce sont trois générations qui vivent sous le même toit et cultivent leur souffrance comme si c’était autant de trésors. Entre le grand-père gâteux qui peste contre le capitalisme naissant qui pousse toujours plus de touristes jusqu’à sa porte, le père taiseux qui ressasse de vilaines blessures qui lui ont été infligées par le suicide de sa femme et les enfants qui sont, au choix, fou ou plein d’un espoir mort-né, difficile de ne pas se laisser par la mélancolie ambiante, par cette chape de plomb qui semble peser sur l’âme de cette famille meurtrie par la vie.

    Ce n’est pas un récit facile, il n’a rien de joyeux, mais pourtant la plume délicate et sincère de l’auteur fait des merveilles, au point que le pathos nous échappe…

    Volontiers nostalgique, « Sombre dimanche » sait également nous tirer un sourire devant l’une ou l’autre expression du grand-père, qui a l’art de tirer dans le mille quand il s’agit d’exprimer une évidence de l’époque. Le fatalisme et la tristesse ambiante se trouvent ainsi un peu gommées l’espace de quelques pages. Mais on en oublie pas pour autant le climat tendu de l’époque, qui est exacerbé par les allers-et-retours dans le temps que cultive l’auteur. Une période où la répression sanglante du stalinisme a brisé bien des familles, qui ne cherchaient même plus à fuir. C’est dans cet environnement suffocant que devra composer la famille Mandy, qui perd ses femmes petit à petit. Trop lourds à porter, leurs souvenirs enfouis les rongeront de chagrin avec déterminisme. Un roman à la fois triste et beau, sublimé par une plume sensible, mais qui ne plaira peut-être pas à ceux que les histoires tragiques rebutent.


  • 25 juillet 2013

    « Sombre dimanche » est un roman qui mélange habilement récit historique et drame familial. En nous faisant partager la petite histoire d’une famille hongroise, Alice Zeniter nous fait rentrer par la petite porte de la grande Histoire, depuis la guerre froide et le communisme jusqu’à la chute du mur de Berlin. Ce sont trois générations qui vivent sous le même toit et cultivent leur souffrance comme si c’était autant de trésors.

    Entre le grand-père gâteux qui peste contre le capitalisme naissant qui pousse toujours plus de touristes jusqu’à sa porte, le père taiseux qui ressasse de vilaines blessures qui lui ont été infligées par le suicide de sa femme et les enfants qui sont, au choix, fou ou plein d’un espoir mort-né, difficile de ne pas se laisser par la mélancolie ambiante, par cette chape de plomb qui semble peser sur l’âme de cette famille meurtrie par la vie. Ce n’est pas un récit facile, il n’a rien de joyeux, mais pourtant la plume délicate et sincère de l’auteur fait des merveilles, au point que le pathos nous échappe…

    Volontiers nostalgique, « Sombre dimanche » sait également nous tirer un sourire devant l’une ou l’autre expression du grand-père, qui a l’art de tirer dans le mille quand il s’agit d’exprimer une évidence de l’époque. Le fatalisme et la tristesse ambiante se trouvent ainsi un peu gommées l’espace de quelques pages. Mais on en oublie pas pour autant le climat tendu de l’époque, qui est exacerbé par les allers-et-retours dans le temps que cultive l’auteur. Une période où la répression sanglante du stalinisme a brisé bien des familles, qui ne cherchaient même plus à fuir. C’est dans cet environnement suffocant que devra composer la famille Mandy, qui perd ses femmes petit à petit. Trop lourds à porter, leurs souvenirs enfouis les rongeront de chagrin avec déterminisme. Un roman à la fois triste et beau, sublimé par une plume sensible, mais qui ne plaira peut-être pas à ceux que les histoires tragiques rebutent.


  • par
    14 juin 2013

    Je viens d'apprendre qu'Alice Zeniter est la nouvelle lauréate du prix Inter, je recycle donc mon article de début janvier, pour coller à l'actualité. Voyez ce que j'en disais :


    Une maison en bois, cernée par les rails, tout près de la gare de Nyugati à Budapest. Là vit la famille Mandy : Imre le grand-père, Pàl le fils et Ildiko sa femme et leur deux enfants Agnès et le jeune Imre. C'est une famille qui vit en dehors des autres, dans les non-dits et les secrets. Du début des années 70 à notre époque, elle subit ou vit les changements du pays, la chute du mur de Berlin, puis l'effondrement de l'URSS et l'ouverture à l'ouest.
    Alice Zeniter place son roman en Hongrie, pays qu'elle connaît pour y avoir vécu. Un pays sans attrait touristique majeur, sans lien à la mer (c'est elle qui le dit), un pays brimé pendant de nombreuses années. Elle fait du jeune Imre son personnage principal. Grâce à lui, elle peut raconter l'histoire de cette famille qui a traversé la seconde partie du siècle dernier. Le grand-père a vécu la guerre, "La Seconde Guerre mondiale [qui] avait été un chaos total durant lequel le pays avait servi de parc à thèmes aux Hongrois, aux Allemands et aux Russes qui l'avaient tour à tour contrôlé. Chacun avait eu son temps de barbarie et chacun en avait usé." (p.31) Puis, la révolte des Hongrois contre les Russes en 1956 qui aboutira à l'invasion de Budapest par l'armée rouge. Suivront des exécutions des opposants ; la répression est terrible et les Hongrois ont peur jusqu'en 1961 où Janos Kadar prononce : "Tous ceux qui ne sont pas contre nous sont avec nous". Alors "Si Kadar acceptait les coeurs tièdes, les coeurs froids à la condition qu'ils conservent un silence poli, alors la maison au bord des rails acceptait Kadar. La peur se fit moins forte, les ventres se dénouèrent. Et Pàl comprit que si l'année 1956 avait été si longue et si terrible, c'était parce qu'elle avait duré jusqu'en 1961." (p102) Et puis la vie reprend son cours quasi-paisible dans la maison en bois et partout ailleurs dans le pays, jusqu'en 1989 et la chute du mur de Berlin.
    Imre grandit dans ce pays en solitaire. D'une unique relation amicale dans l'enfance, il passe à une unique relation amoureuse. A travers lui, l'auteure parle de la difficulté de vivre dans un petit pays brimé dans lequel on ne peut être que "coeurs froids" ou "coeurs tièdes". Ne pas faire de vagues pour (sur)vivre. Imre découvre la vie sans passion -à part peut-être son travail dans le sex-shop qu'il a dû quitter pour une femme- sauf la naissance de sa fille. A part ça, il vit comme avant lui son père dénué de passion lui aussi. Il faut dire qu'il n'est pas très aidé, les non-dits et les secrets sont nombreux dans cette famille et il ne les apprend que très tard, certains par hasard et quasiment tous de la bouche d'une tante qui depuis longtemps a quitté la maison en bois pour vivre. Ne pas savoir ou se taire peut empêcher de vivre pleinement.
    Très agréable lecture d'une part pour tout ce que j'ai écrit plus haut, les personnages, bien campés, bien décrits, les relations entre eux ou l'absence de relation, le contexte géographique et historique -personnellement, je ne connaissais pas du tout ce pays, à part quelques vagues souvenirs de livres scolaires- et d'autre part une belle écriture de l'auteure. Simple, directe Alice Zeniter fait mouche à chaque phrase. Elle allie la légèreté, l'humour à la profondeur de très jolie manière. Son livre, qui pourrait paraître un rien plombant si l'on se fie à mes deux premiers paragraphes ou au dossier de presse ne l'est absolument pas. Certes, ce n'est pas non plus un ana ou un recueil de bonnes blagues, néanmoins, A. Zeniter réussit à nous faire sourire par des formules inattendues, des dialogues francs et crus entre Imre et Zsolt.
    Un roman à découvrir d'une jeune auteure que je ne connaissais pas (honte à moi puisqu'elle en est au moins à son troisième) mais que je compte bien continuer à lire.


  • par (Libraire)
    15 avril 2013

    Histoire(s) de famille

    Imre Mandy habite Budapest, dans l'étonnante maison familiale en bois, étrangement posée au bord des rails, à quelques encablures de la gare de Nyugati. Une vie en famille où cohabitent trois générations. De son enfance dans les années soixante-dix à sa vie de jeune adulte vingt ans plus tard, Imre va peu à peu découvrir l'histoire familiale, marquée par les soubresauts de l'Histoire. Entre les excès de boisson de son grand-père, la mélancolie silencieuse de son père, l'émancipation douloureuse de sa sœur, il va tenter de trouver sa place.
    Avec un regard attentionné, tout en douceur, sur ses personnages, Alice Zeniter nous fait entrer, par touches successives, dans une histoire familiale ballotée par l'Histoire.

    Roman couronné de trois prix : Prix du livre Inter, Prix de la Closerie des Lilas, Prix des lecteurs de l'Express.


  • par (Libraire)
    14 mars 2013

    Grisaille

    Moitié roman d'apprentissage, moitié chronique de la fin du communisme et des années post-communistes à Budapest, j'ai beaucoup aimé ce livre. Le narrateur, Imre est le garçon de la famille Mandy. Au début de l'histoire, il a une dizaine d'années Il habite avec sa famille dans une petite maison tout près de la gare. Gare qui est d'ailleurs un élément central de l'histoire. Tout est un peu gris, morose. C'est la Hongrie de la fin des années 70 et des années 80. L'ambiance est bien rendue, je crois... C'est bien écrit, assez subtil et on s'attache vraiment au personnage, toujours un peu en retrait, à distance des évènements. On le voit évoluer, devenir adulte... et sortir à l'occasion de vieux squelettes des armoires familiales ! Bref, j'ai beaucoup aimé.